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En 2014 la Collection Lambert insvestissait les murs de l'ancienne prison Ste Anne d'Avignonpour une exposition hors normes : La Disparition des Lucioles. Fermée en 2003 après 132 ans cet établissement pénitentiaire semble être dans son jus, je suis happé par le lieu plus que par l'exposition, me suis écarté des amis avec qui j'étais venu, boulversé par les conditions de détention plus que précaires. Le lieu me semble encore habité, vibre autour de moi, je photographie presque instinctivement, comme l'un des derniers témoins d'un passé lourd et douloureux.

Photographe 

En 2014, la célèbre Collection Lambert installe une exposition – La Disparition des Lucioles – dans les murs de la prison Ste Anne d’Avignon, désaffectée depuis 2003.
Venu visiter cette exposition avec deux amis photographes, le lieu plus que l’exposition m’a engouffré. J’ai ressenti le besoin de m’isoler, de visiter seul cette prison incroyable ou des hommes et des femmes avaient été privé de liberté si peu de temps avant dans des conditions dignes d’un roman de Zola ou de Victor Hugo. En plus de la collection d’art contemporain, des vitrines sont installées témoignant de ce passé carcéral, documents administratifs, notes ou lettres de détenus, jeux de cartes fabriqués à la main, documents témoignant d’un bref séjour de Paul Verlaine.
Les murs m’aspirent, m’oppressent, les portes me sont d’une violence insoutenable. Les graffitis, des photos ornent encore les murs et les portes. Certaines photos ont été partiellement arrachées, sans doute pour protéger les jeunes visiteurs. Je photographie sans trop réfléchir, je veux montrer ce lieu d’enfermements, de solitudes et de promiscuités.  L’exposition me gène, me sert parfois de support mais ce n’est pas le sujet, j’alterne portes et cellules, couloirs, d’autres pièces plus grandes. Une grande claque dans la gueule et puis au lit !
Je n’arrive pas à traiter les photos tout de suite, il faut laisser reposer. Trier, choisir, traiter… Retourner faire d’autres photos ? Oui, non… Non, rester sur cette impression, sur cette violence à peine digérée, sur cette douloureuse sensation. Lorsque je m’y attèle c’est comme une frénésie, il faut aller au bout, en finir, se libérer. Alternance de portes et de cellules, de salle vides, une œuvre parfois en résonnance, une ombre, un lit, des pommes jetées au sol, un semblant de vie pour un semblant de liberté entre ces murs devant ces grilles et ces portes si ouvertes et si infranchissables.